Mais seulement voilà

Chèr(e)s ami(e)s, si je préfère aujourd’hui m’adresser à vous qu’au vide, c’est qu’en ces temps menaçants où grondent les ténèbres, sortir un album peut paraître relever de l’inanité la plus contestable, de la fatuité la plus condamnable, mais seulement voilà, le processus créatif est comme une machine à laver sans bâtons lancée sur une piste de ski : on ne l’arrête pas.

Ce nouvel album, « Alafu », conçu durant l’été 2019, je l’ai composé et écrit dans une bouffée inspirée et urgente. Après quoi j’ai tout mis en branle pour une sortie rapide, mais le sort en a décidé autrement. Par deux fois, j’ai dû en reculer la sortie et la date du 11 mai me paraît ad hoc. Elle correspond à la fin programmée d’une période de réclusion forcée comme nous n’en avons jamais connue. Et il nous faudra avancer, alors let’s go !

Nombreux sont les artistes qui puisent leur inspiration dans leur quotidien, leurs amours, leurs expériences, leurs sentiments, leurs chaussettes trouées… L’introspection n’est pas ma tasse de thé. Je me revendique plutôt comme un insecte doté d’yeux à facettes toujours en mouvement qui observe alentour et même plus loin, comme un ironiste adepte de l’antiphrase.

Dans ce nouvel album solo — eh oui mon 6ème ! —, j’évoque entre autres : l’exode rural, les trottinettes, le populisme, la bureaucratie, la dictature de l’orgasme, le piteux « french grouve », la politique-spectacle, les couvreurs et, dans une chanson sombre qui devrait, à mon grand désarroi, trouver un écho chez chacun d’entre nous, les amitiés trahies.

Je m’arrête un instant sur « Je promène le chien » qui ouvre l’album, écrite il y a 3 ans, lorsque la collapsologie — courant de pensée qui prédisait l’effondrement prochain de la civilisation industrielle —, ne provoquait souvent qu’une moue dubitative. J’avais imaginé alors ce personnage, indifférent et satisfait, insaisissable ou résigné dont parle cette chanson, qui trouve aujourd’hui une résonance bien particulière…

Musicalement, je reste également « alafu » et ne dévie pas — hormis les musiques urbaines auxquelles je suis insensible —, farfouillant à la recherche de perles rares, d’artistes qui me feront hausser les sourcils. Je pourrais en citer des tas, qui m’enchantent et m’inspirent, pour faire taire ceux qui me verraient uniquement comme un adepte du rockabilly à banane et des pink Cadillac Fleetwood ’56. J’assume également ce background musical qui m’imprègne : des ostinatos lennoniens aux riffs enchevêtrés d’XTC, des fanfares d’Europe Centrale aux stridences d’Adrian Belew, des profondeurs bashungiennes aux œuvres de Simon Jeffes du Penguin Cafe Orchestra.

J’espère que le travail que nous avons effectué, Vincent Turquoiz, Maz et moi, ravira vos esgourdes et qu’il saura remuer vos organes et votre encéphale. On y hume le goût des guitares crades, des batteries moonesques, des instruments incongrus, des lignes de basse mélodiques et des accidents musicaux. On y respire mon amour des mots, des sonorités et des conneries.

Contre vents et marées, vous faire sourire ou chantonner, vous étonner grâce à des trouvailles musicales ou verbales ou des idées saugrenues, c’est mon boulot depuis des décennies, quels qu’en soient les risques ou les embûches. Je n’en démordrai pas.

Ramon Pipin

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